Samuel N’Gabo Zimmer
Eve de Medeiros, fondatrice et directrice de DDESSINPARIS, a choisi pour le coup de cœur du Salon DDESSIN {20} l’artiste Samuel N’Gabo Zimmer.

Samuel N’Gabo Zimmer, artiste franco-rwandais né en 1986 au Rwanda, vit et travaille aujourd’hui à Ornans.

Cet artiste autodidacte s’efforce de transmettre par le dessin son attachement à la nature, et aux arbres en particulier, qui forment le motif central de son œuvre en évolution. C’est ainsi à l’image de leur créateur, pétri de cultures entremêlées, que les arbres dessinés déploient leurs racines avec force, et dressent fièrement un entrelacs fécond de branches, que l’on pourra emprunter du regard comme autant de chemins et d’histoires possibles. Car les formes qu’il tisse avec la plume, le pinceau ou le crayon, laissent une totale liberté d’appropriation au regardeur, qui pourra se promener dans l’histoire, à la fois universelle et particulière, que raconte chaque arbre.

Madeleine Filippi, critique d’art et historienne de l’art, membre de l’AICA, décrit son travail en ces termes :

« Ancien élagueur, le rwandais Samuel N’Gabo Zimmer avoue se passionner pour le dessin depuis sa formation en botanique. Autodidacte, c’est au départ pour lui un procédé mnémotechnique, un langage à part entière, dans lequel chaque élément végétal prend sa place dans une grammaire.

De son Rwanda natal jusqu’à Besançon, les plantes et végétaux n’ont eu de cesse de l’inspirer.

La fleur de coton, pour sa symbolique tout d’abord, mais aussi pour ses propriétés physiques, revient tel un fil rouge dans le travail de l’artiste
. Loin des clichés et des discours usuels sur le panafricanisme, Samuel N’Gabo Zimmer s’approprie la fleur de coton de manière subtile.

Qu’elles apparaissent de manière très figurative ou de manière moins évidente sous formes de fibres végétales, ces propositions dessinées explorent avec intelligence un parangon de « l’ancrage ». Ainsi, en partant de la fleur de coton, l’artiste élabore une multitude de motifs parallèles : lianes, fils, arbres, vagues, etc. C’est d’autant plus juste dans les œuvres plus géométriques.

La fleur de coton disparait peu à peu pour laisser la place à l’imaginaire du spectateur face à l’élément végétal qui se contorsionne sur la feuille, dans un mouvement savamment construit par l’artiste, créant ainsi une sensation de flottement dans de nombreux dessins. Boucles, nœuds, accroches, distorsions sont autant de procédés techniques utilisés par Samuel N’Gabo Zimmer pour suggérer un mouvement, un rythme. Cela confère à l’élément végétal un rôle particulier dans les œuvres de l’artiste, en effet, il devient tour à tour architecture et personnage, une forme hybride en mutation à la fois sensible et féroce.

Impossible de ne pas évoquer le processus de création Samuel N’Gabo Zimmer, au cœur même de la démarche de l’artiste. 
Il passe des heures à choisir le papier, « à caresser les feuilles les yeux fermés (…) le papier doit freiner l’encre », la densité du grain a donc toute son importance. Le papier est le premier « point d’ancrage » des œuvres avant même les volutes, les boucles et la mise en place, le déploiement de l’image.

Le grainage du papier détermine l’outil qu’il conçoit lui-même, en fonction du papier bien entendu, mais aussi de l’humidité ambiante. En effet il retravaille les encres pour atteindre une parfaite densité de noir. Cela peut prendre plusieurs jours en fonction de la météo qui influe sur ses préparations. Tel un alchimiste, il donne vie à l’inerte. A travers une patiente élaboration de croquis et de dessins préparatoires, le travail sur les contrastes et les mouvements de Samuel N’Gabo Zimmer semble se muer en rythme. L’élément de base est en noir et blanc, telle une partition. Il peut se voir de temps à autre, rehaussé de couleurs.

La couleur semble alors surgir et renforce l’illusion rythmique. Rythme que l’on peut retrouver dans certains titres de dessins qui portent les noms d’instruments de musiques et de titres de chansons. Le format n’est pas anodin non plus, présenté sur plusieurs mètres, il devient monumental. Ce qui induit et impose un positionnement de la part du spectateur, contraint à prendre du recul pour apprécier l’ouvrage dans son ensemble, et à se rapprocher pour se voir révéler certains détails. Ce rôle du public est très important pour N’Gabo Zimmer car c’est une manière d’immiscer le spectateur au sein du processus créatif, en lui faisant jouer un rôle de médiateur.

Chacun étant libre d’y lire selon sa tradition et ses références, les connexions qu’il repère et décide d’associer. Les œuvres de Samuel N’Gabo Zimmer sont une véritable invitation au dialogue, dans lequel la nature est un idéal de modèle de liens qui se tissent et d’interconnexions.

Ce qui se joue finalement ici, à travers cette ode à la nature, c’est une représentation ontologique du monde végétal, symbole d’un éternel recommencement et du lien universel. »